La question du mal est l'une des plus anciennes objections à la foi chrétienne. Le mal n'a pas d'égard pour personne : il frappe les justes comme les injustes, les croyants comme les incroyants. Pour comprendre cette réalité difficile, il importe de distinguer deux types de mal fondamentalement différents.
Le mal moral résulte du libre-arbitre humain. Dieu a créé des êtres libres, et cette liberté implique nécessairement la possibilité du mal. C'est le risque que Dieu a pris en connaissance de cause. Dieu permet la possibilité du mal, mais c'est la créature qui l'actualise. Les meurtres, les viols, la corruption, les famines provoquées par l'injustice, les génocides — tous ces maux trouvent leur origine dans les choix des êtres humains, non dans la volonté de Dieu.
Le mal naturel désigne tout ce qui ne résulte pas directement du libre-arbitre humain : tremblements de terre, ouragans, glissements de terrain, tsunamis. C'est ce type de mal qui pose la question la plus difficile à l'apologiste chrétien.
Avant d'aller plus loin, il faut toutefois faire une remarque importante : beaucoup de catastrophes que l'on qualifie de « naturelles » auraient pu être considérablement minimisées si l'être humain avait joué son rôle de gestionnaire responsable de la création. La famine existerait-elle à l'échelle mondiale si chaque homme aimait réellement son prochain comme lui-même ? La question mérite réflexion.
Comment expliquer que Dieu ait créé un monde où les catastrophes naturelles sont possibles ? Le physicien et théologien John Polkinghorne offre un éclairage important :
« Dieu a créé un univers avec des lois naturelles particulières qui rendent la vie possible. » John Polkinghorne
Toute chose créée possède des caractéristiques qui, par leur nature même, éliminent la possibilité de caractéristiques incompatibles. L'eau est assez dense pour que nous ne puissions pas respirer sous la surface — ce qui fait d'elle un milieu favorable à la vie aquatique mais hostile à l'être humain non équipé. L'air est assez fin pour que, si nous tombons d'une hauteur, nous ne soyons pas retenus — ce qui permet aux oiseaux de voler mais expose les hommes à la chute.
Plus profondément encore : la même plaque tectonique qui, lors d'un séisme, peut tuer des milliers de personnes est également nécessaire à la régulation des sols et des températures à l'échelle planétaire. Chaque fonction positive comporte une potentielle fonction négative. Le monde est un système complexe composé de sous-systèmes chaotiques étroitement inter-reliés. Un simple déplacement des conditions initiales peut provoquer un désastre naturel — non pas parce que Dieu l'a voulu, mais parce que c'est la nature même d'un monde physique régi par des lois cohérentes.
Un monde dans lequel les catastrophes naturelles seraient impossibles serait un monde sans lois physiques stables — et donc un monde où la vie telle que nous la connaissons ne pourrait pas exister. Les mêmes lois qui rendent la vie possible rendent les catastrophes possibles.
Face aux catastrophes, Dieu a doté l'être humain d'un intellect remarquable pour faire preuve de créativité. Les progrès en ingénierie parasismique, en systèmes d'alerte précoce, en gestion des risques naturels — tout cela témoigne de la capacité humaine à réduire l'impact des désastres. Le monde que Dieu a créé exige la coopération et la coexistence pacifique entre les êtres humains.
Il est aussi frappant d'observer que c'est précisément dans les moments de catastrophe que le meilleur de l'humanité émerge : la solidarité, la compassion, le sacrifice désintéressé. Des communautés entières se mobilisent pour les victimes. Ce n'est pas une coïncidence — c'est le reflet de l'image de Dieu en chaque être humain.
Les catastrophes sont également une invitation à penser sérieusement à l'au-delà. La brièveté et la fragilité de la vie humaine face aux forces naturelles posent des questions que seule une perspective éternelle peut véritablement résoudre : Qui suis-je ? Pourquoi suis-je ici ? Qu'y a-t-il après la mort ?
Dieu a fixé un jour où il jugera le monde avec justice (Actes 17:31). Ce jour n'est pas encore arrivé. En attendant, nous sommes appelés à être des gérants responsables de la création — à utiliser notre intelligence, notre compassion et nos ressources pour protéger les plus vulnérables.
Il faut se garder de deux conclusions hâtives. D'abord, ne pas conclure que les catastrophes naturelles sont le caprice de divinités colériques — c'est une vision animiste que la foi biblique récuse. Ensuite, ne pas conclure non plus que chaque catastrophe est un jugement de Dieu contre des péchés particuliers. Jésus lui-même a refusé cette interprétation (Luc 13:1–5 ; Jean 9:2–3).
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